La République ressemble parfois à un grand navire pris dans une mer agitée. Pendant que certains se disputent la barre et que d’autres contestent la direction du capitaine, les vagues continuent de frapper la coque. Dans ces instants, la sagesse commande de sauver le navire avant de régler les querelles sur le pont.
Les événements du 12 juin à Kinshasa rappellent une vérité ancienne selon laquelle « lorsque la passion politique devient un incendie, c’est souvent le citoyen ordinaire qui en inhale la fumée ». Les pierres lancées, les discours enflammés et les affrontements ne construisent ni écoles, ni hôpitaux, ni routes ; ils ne sèment que les cendres d’une confiance déjà fragile.
L’intérêt supérieur de la Nation devrait demeurer la boussole commune. Une Constitution, aussi importante soit-elle, n’a de sens que si elle sert un peuple vivant en paix, en sécurité et dans la dignité. Le débat démocratique est légitime, mais il ne devrait jamais faire oublier les blessures ouvertes de l’Est du pays, où des familles continuent de payer le prix des violences armées et où la paix reste une récolte encore attendue.
Dans le même temps, les urgences sanitaires, les défis de l’accès aux soins, les épidémies récurrentes, la pauvreté et les attentes de millions de jeunes réclament une mobilisation nationale. Ce sont ces combats-là qui devraient unir plutôt que diviser.
La politique ne devrait pas être un duel de torches dans une forêt sèche, mais une lampe capable d’éclairer le chemin collectif. Le pouvoir a le devoir de garantir les libertés publiques avec mesure et responsabilité. L’opposition, elle aussi, porte la responsabilité d’exercer ses droits dans un esprit républicain et de ne pas céder aux sirènes de la radicalisation ou de la confrontation permanente.
Au fond, le Congo n’a pas besoin que ses fils et ses filles gagnent une bataille de rue ; il a besoin qu’ils remportent ensemble la victoire contre l’insécurité, la misère, la maladie et le sous-développement. Car lorsqu’une nation choisit de protéger son intérêt supérieur, les ambitions particulières deviennent des affluents qui alimentent un même fleuve : celui de la paix, de l’unité et du progrès.
Flodel Nkima