En République Démocratique du Congo, la question du dialogue pour la paix à l’Est du pays divise profondément les acteurs politiques. Martin Fayulu, leader de la plateforme LAMUKA, continue de plaider pour un « dialogue national inclusif », qu’il considère comme la seule voie pour mettre fin à la crise. En revanche, Dieudonné Nkishi, Président de Congo Positif et coordonnateur du Front Anti-Dialogue, s’oppose fermement à cette approche, affirmant que l’histoire a démontré l’inefficacité des négociations face aux attaques répétées sur le sol congolais.
Vingt ans de négociations infructueuses
Pour Dieudonné Nkishi, la stratégie des dialogues successifs, bien que soutenue par de nombreux acteurs politiques soucieux du partage du gâteau, n’a fait qu’aggraver la situation en permettant aux agresseurs de se reconstituer. Loin d’avoir apporté la paix, les multiples forums de paix (Accords de Lusaka, Sun City, Nairobi, Addis-Abeba et autres) ont, selon lui, été un simple écran de fumée. “Si la paix dépendait des dialogues, elle aurait déjà été atteinte depuis longtemps”, déclare-t-il, soulignant que ces discussions ont souvent servi à renforcer les forces ennemies, et non à restaurer la souveraineté nationale.
Dans son argumentaire, Dieudonné Nkishi rappelle que les échecs de ces dialogues, des Accords de 1999 à ceux plus récents de 2022 à Washington, ont été systématiques. Pour lui, la véritable solution réside dans une refonte radicale de l’appareil militaire du pays et dans une mobilisation populaire en soutien à l’armée congolaise. “Qui veut la paix prépare la guerre”, affirme-t-il, incitant le peuple à prendre les armes face à une agression extérieure non résolue par les négociations.
L’appel de Fayulu au dialogue face à l’urgence sécuritaire
À l’inverse, Martin Fayulu, lors de son récent discours à Kinshasa, a une fois de plus mis l’accent sur la nécessité d’un dialogue pour résoudre la crise à l’Est du pays. Selon lui, l’agression n’est pas seulement militaire mais résulte aussi de dysfonctionnements politiques internes et d’une gestion inefficace des ressources du pays. Pour Fayulu, seul un “dialogue national inclusif” permettra de trouver un terrain d’entente entre les différents acteurs politiques et sociaux et de restaurer la souveraineté menacée du pays.
Dans une logique de diplomatie, il dénonce également l’ingérence rwandaise et l’incapacité du gouvernement à répondre aux menaces extérieures. “La crise est multidimensionnelle. Ce n’est pas seulement une question de sécurité, mais aussi de gouvernance”, a-t-il souligné, prônant une solidarité interne forte pour faire face à l’agression.
La guerre contre l’illusion de la paix
Le débat entre Fayulu et Nkishi représente un choc de visions. Alors que Fayulu recherche une solution par la diplomatie, Nkishi appelle à une mobilisation totale pour une riposte militaire efficace. Pour lui, chaque minute passée à discuter est une minute de plus pour les agresseurs pour se renforcer.
Le Front Anti-Dialogue, dirigé par Dieudonné Nkishi, a d’ailleurs posé deux questions restées sans réponse à Martin Fayulu :
Quelle garantie avons-nous qu’un dialogue permettra d’arrêter les ambitions expansionnistes du Rwanda sur notre sol ?
Pourquoi croire que le dialogue empêchera qu’un autre congolais soit manipulé pour soutenir des rébellions par procuration ?
Pour les partisans de l’autodéfense populaire, ces interrogations révèlent la naïveté d’un dialogue qui, selon eux, n’a fait qu’aggraver la situation dans le passé.
Une fracture politique majeure
Ce face-à-face entre les partisans du dialogue et ceux de l’autodéfense marque une rupture profonde au sein du paysage politique congolais. D’un côté, des appels à la négociation et à l’unité nationale, de l’autre, une volonté de combattre par la force l’agression extérieure et les instabilités internes. Le choix du peuple et des dirigeants congolais sera crucial pour l’avenir du pays. Le temps de l’illusion de la paix par les mots est peut-être révolu, mais une question demeure : quel chemin est le plus viable pour instaurer enfin la paix durablement en RDC ? Peut être que Dieudonné Nkishi garde la bonne réponse car, sans aucune armée forte et une population mobilisée, aucun pays au monde ne peut prétendre à sécuriser sa population.
LTF

