Le silence, dans un État de droit, est parfois plus coupable que la parole. Et lorsque des juges, garants ultimes des libertés, semblent céder à des pressions invisibles ou à des consignes inavouables, c’est toute l’architecture démocratique d’un pays qui vacille. Dans l’affaire RP.22/CR, opposant le Ministère Public à l’ancien ministre d’État Constant Mutamba, des signes troublants laissent craindre que le procès ne soit plus l’arène du droit, mais le théâtre de l’iniquité.
Ce samedi 02 août, l’Association Congolaise pour l’Accès à la Justice (ACAJ), par la voix de Me Joséphine Mbela et Sylvain Mbikayi, a tiré la sonnette d’alarme. Lors d’une conférence de presse sans détours, les deux défenseurs des droits humains ont dénoncé des anomalies criantes dans la conduite de ce procès, actuellement au stade d’instruction. Leur plaidoyer, adressé au Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM), est limpide : la RDC doit honorer ses engagements internationaux relatifs au procès équitable.
Un procès aux allures d’exécution politique
Sans vouloir se substituer à la justice, l’ACAJ note que le comportement de certains magistrats semble traduire une volonté manifeste d’écarter toute défense efficace pour le prévenu. Le rejet systématique des exceptions soulevées par les avocats de Mutamba, sans motivation juridiquement solide, laisse planer le doute sur l’impartialité du siège. Un doute légitime, car la justice ne doit pas seulement être rendue, elle doit être perçue comme telle.
Et pourtant, les principes de base du procès équitable sont clairs : présomption d’innocence, indépendance des juges, égalité des armes, droit au recours… Des piliers sans lesquels la justice n’est qu’un simulacre.
Le prévenu Mutamba : entre courage et résistance
Face à cette mécanique judiciaire inquiétante, Constant Mutamba ne baisse pas les bras. L’ACAJ, dans une posture à la fois lucide et responsable, l’encourage à épuiser toutes les voies de droit, au niveau national comme international. Car si l’acharnement judiciaire devient un outil d’élimination politique, alors la République aura trahi ses propres fondations.
Ce procès dépasse la personne de Mutamba. Il engage l’honneur de toute une institution judiciaire. Si l’on peut aujourd’hui enterrer la vérité dans le formalisme, qui sera la prochaine cible demain ? Quand la justice cesse d’être un rempart, elle devient une arme – et une arme dans les mauvaises mains finit toujours par tirer sur l’État lui-même.
Appel à la conscience du CSM et des juges
Il est encore temps d’agir. Il est encore temps pour le Conseil Supérieur de la Magistrature de rappeler à l’ordre ceux de ses membres qui confondent fonction et vengeance, toge et partialité. Le peuple congolais a le droit d’espérer une justice digne de ce nom, où le droit triomphe de la peur et la vérité de la compromission.
À ce carrefour décisif, les juges ont un choix à faire : servir la loi ou trahir la République, Mutamba s’est battu pour ça.
LTF